Pas-de-Calais Habitat : un bailleur "social"

De Politis 62
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23 janvier 2014 : Pas-de-Calais habitat, bailleur social, expulse une famine Rrom. C'est une expulsion pas banale, qui mérite qu'on s'y attarde.

Une expulsion bulldozer

La police n'a rien à voir dans cette expulsion : c'est Pas-de-Calais habitat, bailleur social, qui se charge de la besogne. Pourquoi s'embarrasser de la police, quand on a tout ce qu'il faut sous la main ? C'est donc ainsi que la famille de Daniel s'est retrouvée sur le trottoir :

  • Daniel, sa compagne et leurs 4 enfants de 2 à 10 ans se trouvent à l'intérieur de la maison qu'ils squattent cité Pasteur depuis plusieurs semaines. C'est une maison qu'ils ont aménagée de manière coquette. Ce matin, il est prévu qu'ils accompagnent deux enfants à l'école, pour la première fois : leur inscription scolaire vient en effet tout juste d'être confirmée.
  • Un responsable de Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, pénètre alors chez eux, et leur demande de quitter la maison, ce que Daniel et sa famille refusent.
  • Les responsables de Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, font alors intervenir un engin de démolition (genre pelle hydraulique) qui commence alors à percuter la maison. C'est une agression d'une violence inouïe.
  • Daniel et sa famille n'ont alors plus le choix : ils essaient de récupérer un maximum d'affaires (en vain : la plupart des vêtements seront soit ensevelis sous les gravats, soit passeront la journée sous la pluie), et quittent leur maison. Daniel quitte sa chambre alors que l'engin de chantier finit de percer les murs. Une militante de Fraternité Rroms témoigne : ils se sont sauvés quand la grue a écrasé le toit de la maison et enfoncé les fenêtres.
  • La suite est connue : le collectif Fraternité Rroms et la famille se réfugient dans une église, et mobilisent leurs énergies pour obtenir une solution de relogement. Une solution d'attente est proposée à la famille, pour quelques jours. Voir ci-dessous la photo de la maison de Daniel, après le passage de la grue, et les articles de La Voix du Nord (cliquer sur chaque image pour agrandissement).

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Cette expulsion, c'est pour leur bien !

Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, nage en pleine contradiction avec ses valeurs affichées, d'aucuns diraient en pleine hypocrisie, et affirme qu'ils étaient obligés d'expulser la famille, car il n'était pas possible que celle ci continue à vivre dans une maison qui menaçait de s'écrouler (!!??). Citons enfin cet autre témoignage de deux militantes de Fraternité Rroms : nous sommes allées dans la Cité, trois personnes de Pas de Calais Habitat étaient encore là. Nous les avons interpellés. Pour se justifier, leurs discours était de dire : cette famille posait un problême de sécurité car elle se servait d'un feu "brule tout" qui aurait pu mettre le feu à la cité... De notre conversation avec eux, il ressortait bien leur volonté d'expulser, croyez-nous.

Il semblerait que ce discours sur les soi-disants dangers que courraient Daniel et sa famille ait été bien rodé en interne, à Pas-de-Calais Habitat, bailleur social. En effet, le matin même de l'expulsion, un autre cadre de Pas-de-Calais Habitat, responsable des démolitions à réaliser dans la journée, confiait à Fraternité Rroms que ce n'était plus possible de laisser des familles dans un tel état d'insalubrité. Dans le même esprit, un autre Rrom présent sur les lieux contacte par téléphone un militant de Fraternité Rrom, et lui passe le directeur de l'agence de Liévin de Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, quelques minutes avant l'expulsion, qui déclare être venu imposer cette expulsion : nous sommes tenus de démolir, pour des questions de sécurité : les maisons sont instables, et menacent de s'écrouler. Par ailleurs, ils utilisent un poële non conforme, avec risque de monoxyde de carbone. On ne peut donc les laisser s'installer, pour leur sécurité.

On ne peut que se poser la question suivante : qu'est-ce qui fait que, au sein d'une même cité, certaines maisons, encore habitées, ne posent pas de problèmes, et d'autres inoccupées ou habitées par des Rroms en posent ? Avant l'intervention des engins de chantier, toutes les maisons étaient logées à la même enseigne, les vides, comme celles occupées par des français, ou des Rroms. Ci-dessous la photo de la maison de Daniel, soi-disant dangereuse, et, juste à côté, celle de son voisin, habitée, et don non dangereuse !!! (cliquer sur l'image pour agrandissement).

C'est vrai que, maintenant que Daniel et sa famille sont à la rue, il n'y a plus de problèmes de sécurité !

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La cité Pasteur, sous haute tension

Cette expulsion de la famille de Daniel se déroule dans un contexte difficile pour Pas-de-Calais Habitat, bailleur social. La cité Pasteur est une cité minière que les houillères ont peu à peu laissé se dégrader, puis vendu au PACT du Pas-de-Calais, qui le cède à Pas-de-Calais Habitat, dans le cadre d'opérations/affaires locales de logements... Pour que ces affaires avancent, il est question de démolir l'ensemble de la cité, pour la remplacer par d'autres logements, un projet sur lequel, il faut bien le reconnaître, il est compliqué d'avoir des précisions.

Le but donc, c'est de vider au plus vite la cité Pasteur de ses habitants. Il reste une trentaine de familles (Pas-de-Calais habitat annonce qu'il reste 10 maisons occupées, mais c'est de l'intox, selon des familles encore sur place), dont certaines sont bien décidées à ne pas partir avant qu'on leur ait proposé une solution de relogement au moins à la hauteur de ce qu'ils avaient cité Pasteur, du point de vue des conditions de logements et financières. Plusieurs familles restantes sont d'ailleurs très claires sur le fait qu'il aurait été préférable d'entretenir et de réhabiliter ces petites maisons, plutôt que de procéder à leur remplacement. Signalons enfin que la présence des familles Rroms cité Pasteur (il y en avait trois, il en reste donc deux) ne pose aucun souci aux familles de la cité, dont plusieurs ont noué des liens de sympathie avec les Rroms.

Bref, pour Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, le temps presse, l'heure est à la démolition, coûte que coûte. Le plus important, c'est d'inciter les familles restantes à déguerpir au plus vite, et accepter les solutions qu'on leur propose. Citons, à titre d'exemple, le cas d'une dame qui s'inquiète de la démolition de la maison mitoyenne à la sienne, démolition qui fait trembler sa propre maison. Pas très rassurant, et ça n'incite pas à faire de vieux os dans la cité. Au final, quand on a le sentiment de vivre au milieu de Beyrouth bombardée, c'est certain que ça ne facilite pas la mobilisation collective...

Dans ce contexte, du point de vue de Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, il n'est pas question de laisser s'installer des familles Rroms...


Les élus complices ?

La question vaut d'être posée, quand on se réfère à la chronologie des évènements :

  • Le mercredi 11 décembre 2013, Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, intervient au près des familles Rroms au mépris des principaux droits humains fondamentaux. L'épisode est raconté ici, et la presse s'en fait l'écho. Pas-de-Calais Habitat n'apprécie pas ce type de publicité. Ci-dessous l' article de la Voix du Nord (cliquer sur l'image pour agrandissement).


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  • Le mercredi 18 décembre 2013, soit une semaine après le pataquès du 11 décembre, les services techniques de la ville de Liévin effectuent un diagnostic dans l'ensemble de la cité Pasteur et constatent le délabrement et la vétusté de la plupart des maisons restant encore debout. On peut s'étonner de la soudaineté de ce diagnostic, alors que les démolitions sont en cours dans la cité depuis un bon moment maintenant.
  • Le jeudi 19 décembre 2013, suite à ce diagnostic, Laurent Duporge, Maire et Conseiller général de Liévin prend un arrêté interdisant l'occupation des maisons concernées, et enjoignant à Pas-de-Calais Habitat de faire cesser le danger que présentent ces maisons.
  • Le 23 décembre marque la date du caractère exécutoire de l'arrêté municipal : Pas-de-Calais Habitat a un mois pour agir et faire cesser le danger dans les maisons concernées.
  • L'arrêté municipal est alors placardé dans la cité, en face de chaque maison concernée.
  • le 23 janvier, soit un mois jour pour jour après la date fatidique, Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, fait cesser le danger dans la maison de Daniel, en l'expulsant, lui et sa famille, à coup d'engins de chantier. Ouf, il était temps... L'arrêté municipal est respecté... Daniel et sa famille peuvent dire merci : leur sécurité a été préservée...

Ci-dessous la reproduction de cet arrêté, tel qu'il a pu être placardé dans la cité (cliquer sur chaque image pour agrandissement).

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Pas complices : impliqués !

Soyons clair et direct : les élus ne sont pas complices de Pas-de-Calais Habitat, bailleur social : ils sont complètement impliqués dans sa direction et sa gestion. Le conseil d'administration de Pas-de-Calais Habitat est composé de nombreux élus. Sur un total de 23 membres, 6 sont des conseillers généraux. D'autres sont Maires, ....

Signalons également, à titre anecdotique, les liens avec le PACT du Pas-de-Calais dont le site (pas très à jour, l'information n'est sans doute pas très fiable, mais elle indique comment ces relations se dessinent) indique que le Président du conseil de surveillance est José Gulino, directeur général des services de la communauté d'agglo de Lens-Liévin de 2011 à 2012, sous la direction de Jean-Pierre Kuchéida, dont on connait l'activité multiforme, en particulier dans tout ce qui touche au logement minier.


Le jeudi 23 janvier, alors que le collectif Fraternité Rroms et la famille de Daniel, et ses soutiens, se trouvaient dans l'église Saint-Léger de Lens, de nombreuses personnes se sont déplacées, toute la journée, pour marquer leur soutien. Ce jour là, il ne s'est trouvé aucun élu à côté de Daniel et de Fraternité Rrom, à l'exception d'un élu vert à la mairie de Liévin.


Et maintenant ?

Pas-de-Calais Habitat, bailleur social, peut-il évoluer ? Allez, on y croit... et on formule la proposition que Pas-de-Calais Habitat s'inscrive dans les propositions du collectif Fraternité Rroms en 2013 : changer la donne pour les Rroms du bassin minier, et permettre à l'ensemble des familles d'être accueillies sur l'ensemble du bassin minier, au prorata de la population de chaque ville.

Rappelons à ce sujet quelques données chiffrées :

  • Il y a en France 20.000 Rroms. Oui : pas davantage, sur une population française totale de 60 millions d'habitants ! C'est dérisoire !
  • Il y a dans le bassin minier 300 Rroms. Cette population est stable depuis 10 ans (hormis, récemment, l'arrivée de familles expulsées de la métropole lilloise, dont la famille de Daniel).
  • Concernant l'accueil des familles Rroms sur l'ensemble du bassin minier, cela signifie par exemple pour une ville comme Liévin ou Lens accueillir 30 Rroms. Il y en avait, avant l'expulsion de la famille de Daniel, 15 à Liévin, cité Pasteur. Soit 3 familles, parfaitement à l'aise au sein de la cité, avec les familles encore présentes. Les enfants de ces 3 familles étaient tous scolarisés depuis fin décembre, ou étaient sur le point de l'être fin janvier.
  • Le problème des Rroms ne se règlera pas à coup de bulldozer, mais bien autour d'une table, dans un premier temps...